Fin de lutte pour les victimes?
Le gouvernement français va débloquer 10 millions d'euros pour indemniser les victimes d'essais nucléaires dans le Sahara et en Polynésie, a annoncé le ministre de la Défense, Hervé Morin, dans une interview accordée au Figaro.
"Environ 150.000 travailleurs civils et militaires sont théoriquement concernés, sans compter les populations qui vivaient au Sahara et en Polynésie à l'époque des essais", précise-t-il dans cet entretien mis en ligne lundi soir sur le site internet du journal.
"Une commission indépendante, constituée de médecins et présidée par un magistrat, examinera les dossiers au cas par cas. Si la demande est acceptée, la réparation du préjudice sera intégrale. Une première enveloppe de 10 millions d'euros est déjà prévue pour la première année sur les crédits du ministère de la Défense", déclare le ministre.
Jusqu'ici, l'Etat français refusait de reconnaître officiellement le problème et les victimes étaient donc contraintes de saisir la justice et de démontrer au cas par cas le lien entre leur maladie et leur exposition à des radiations pour obtenir éventuellement des indemnisations.
"A la demande des associations, nous avons choisi de travailler sur une liste élargie de maladies - celle de l'Onu - et nous avons renoncé à fixer un seuil d'exposition minimal", explique Hervé Morin.
"Les gouvernements ont longtemps pensé qu'ouvrir la porte à l'indemnisation était une menace à l'effort considérable déployé par la France pour avoir une dissuasion nucléaire crédible", ajoute le ministre. "Quand j'ai abordé la question dès l'été 2007, l'accueil de mes services et des autres ministères a été réservé. Mais il était temps que la France soit en conscience avec elle-même."
Environ 150.000 personnes ont participé en tant que personnel civil et militaire aux 210 essais nucléaires français - dont une cinquantaine en atmosphère - réalisés dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966 puis en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, entre 1966 et 1996.
REUTERS